Peut-on s'attendre à un miracle en Iran ?

Archive Akteos - 3 octobre 2007 - Conférence de Bernard Hourcade

Bernard Hourcade proposait, lors d'une conférence Akteos, une analyse riche et percutante de l'Iran.
 

Les 3 "I" 

Il est important de discerner la proportion de ces 3 "I" chez un individu pour mener à bien une négociation ; en fonction des objectifs, ce dosage évolue, et face à une difficulté, la composante liée à l’islam a tendance à croître ; or, il n’est pas toujours évident pour nous Occidentaux de déceler celle des composantes qui a le dessus à un moment donné.
 

Chaque Iranien porte en lui une part de ces trois composantes, selon un savant dosage qui, schématiquement, ne peut descendre en dessous de 10%. Le pourcentage que chacun alloue à l’une ou l’autre de ces composantes aura une grande influence sur ses comportements et par conséquent sur ses réactions face aux étrangers.
 

Il faut par ailleurs avoir conscience du fait que l’on peut être amené à renégocier un contrat signé la veille, car les choses auront changé pendant la nuit.

L’Orient n’est pas "compliqué", mais il est méconnu, les relations s’y inscrivant dans une logique passionnelle et obéissant à une rationalité qui ne rejoint pas forcément "le cartésianisme de nos Lumières".
 

Qui a le pouvoir en Iran ?

Le clergé iranien est l’un des plus modernes du monde, avec une longue expérience de la vie politique, culturelle, économique et internationale ; il a dès lors une influence importante sur le commerce.
 

De son côté, le pouvoir politique ne représente pas la société iranienne, laquelle est l’une des plus évoluées du Moyen Orient, avec un taux d’alphabétisation élevé et une réelle émancipation des femmes. 
Avec une population de 70 millions d’habitants, une consommation en constante augmentation, la 2ème réserve mondiale de pétrole et des capacités financières importantes, l'Iran est devenu un marché d'avenir et une société dynamique.
 

La fin des Mollahs a correspondu avec l’arrivée au pouvoir des générations de la guerre,  forgées dans la défense de la patrie et non de l’Islam : les PASDARAN.
 

Ces gardiens de la révolution, ont fait la guerre contre l’Irak pendant 8 ans et ont eu l’impression d’être trahis par les religieux ; aujourd’hui au pouvoir, ils veulent leur faire payer leur traitrise. Contrairement aux apparences, ils constituent actuellement les meilleurs alliés d’une restauration des relations avec les États-Unis.
 

La paralysie de la République Islamique

Le consensus est indispensable en Iran mais très difficile. Les grands leaders doivent se mettre d’accord sans pour autant y parvenir. En Iran, la prise de décision ne fait pas partie de la culture, on attend que d’autres décident. Les décisions sont alors prises dans l’urgence, sous la pression, par obligation et sans contrôle.

À l’heure actuelle, le consensus entre Mollahs, Pasdaran, pragmatistes, affairistes et idéologues est impossible. L’Iran se trouve dès lors sous la pression croisée, de la société interne d’une part, et de la communauté internationale d’autre part.

C’est un pays isolé, affaibli, sans expérience internationale, avec une économie informelle, et incontrôlée. Les sanctions dont il est l’objet, si elles sont symboliquement importantes n’ont aucun effet sur le plan économique.
 

Le culte de l’échec

L’échec en Iran est perçu comme valorisant car il s’inscrit dans une logique qui permet de faire un gain dans la perte, d’être un héros martyr.

Si l’on échoue c’est de la faute de l’autre, si l’on réussit, on est responsable et il faut continuer à travailler... c’est un mode de pensée que l’on peut aisément résumer sous la forme d’un dicton : « Mieux vaut être un Iranien mort et heureux ».
 

La crise du nucléaire

La crise du nucléaire n’est quant à elle qu’un « prétexte » car la bombe n’est pas pour demain. Les Iraniens sont capables d’enrichir l’uranium civil, mais il leur faudra entre 5 à 10 ans pour passer au stade militaire. Quels sont alors les autres enjeux ? Le pétrole ? Le renversement du régime islamique ?

La question qui se pose ici est de savoir qui prendra le pouvoir. Mais les Américains peuvent-ils admettre que leurs alliés iraniens d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux qui ont pris leurs compatriotes en otage? Peuvent-ils admettre qu’il soit possible de négocier avec eux, dans la mesure où ceux qui prendraient le pouvoir après une éventuelle guerre risqueraient d’être incommensurablement plus dangereux ?
 

Conclusion

Pour gérer la crise, il existe une solution beaucoup plus efficace que la guerre : « bombarder l’Iran d’investissements internationaux ». Si les entreprises étrangères s’installent massivement en Iran, l’économie du pays sera durablement et pacifiquement transformée, et en conséquence la société et la vie politique.
 

Dès lors, si l’on soutient l’évolution interne de la société et la consommation, le système politique actuel ne résistera pas. En effet, faute d’expérience, l’Iran gère mal l’industrialisation et a besoin d’être soutenu dans cet effort
Par ailleurs, la 3ème génération n’aspire pas à refaire une révolution, la société iranienne veut désormais vivre au 21ème siècle.
 

Les entreprises françaises doivent être présentes dès aujourd’hui en Iran si elles veulent participer à ce changement et en récolter les fruits demain. Elles auront besoin de disposer de clés de décodage idoines pour gérer les incertitudes et capitaliser sur l’avenir, comprendre les rapports de force et inscrire leur action dans la durée.

Bernard HOURCADE

Bernard Hourcade, consultant Iran Akteos

Directeur de recherche émérite au CNRS, géographe spécialiste de l'Iran et membre du réseau mondial Wilson Center, Bernard HOURCADE a été directeur de l’Institut Français de Recherche en Iran.
Il est consultant Akteos pour l'Iran.
 

Auteur de Géopolitique de l'Iran (2010),
L'Iran au XXe siècle : entre nationalisme, Islam et mondialisation (2007),
Iran, les nouvelles identités d'une république
(2002), il dirige de nombreuses recherches publiées sur www.irancarto.cnrs.fr.

Toutes les Akteos' News

L'echo interculturel #25 : Décodez la culture Asiatique

Découvrez toutes nos informations, évènements, articles sur

...

L'echo interculturel #24 : Interculturel et Afrique

Découvrez toutes nos informations, évènements, articles sur

...

L'echo interculturel #23 : Management interculturel

Découvrez nos articles, anecdotes et informations sur le man

...

L'Echo interculturel #22 : Focus sur le Japon

Découvrez nos articles et informations sur le Japon...

...

L'Echo interculturel #21 : Focus sur les USA

Découvrez nos articles et informations sur les Etats-Unis...

...

L'Echo Interculturel #20 : Le leadership au féminin

Pourquoi Hillary Clinton incarne-t-elle le leadership au fém

...

L'Echo Interculturel #19 : Focus interculturel sur l'Asie

"Plus on apprend, plus on voit qu'on ignore beaucoup de chos

...

Voir les autres rubriques

  1. DossierDocumentation

Google+

AKTEOS

6 rue du Quatre Septembre
92130 Issy les Moulineaux
France

Dept Interentreprises
+33 (0)1 55 95 85 13
inter@akteos.fr


Dept Intra-entreprise

+33 (0)1 55 95 85 18
intra@akteos.fr

Akteos autour du monde

Amsterdam

Bangalore

Beijing

Berlin

Bruxelles

Casablanca

Chennai

Dubaï

Genève

Hong Kong

Istanbul

Lisbonne

Londres

Madrid

Mexico

Milan

Montréal

Moscou

Nairobi

Niamey

Paris

Prague

Rangoun

Rio de Janeiro

Sao Paulo

Shanghai

Singapour

Tel Aviv

Tokyo

Washington