Où va l'Europe entre le dragon Chinois et l'aigle américain ?

Le dragon chinois
L'aigle américain

Archive Akteos - 18 mars 2010
Conférence de Jean-Daniel Tordjman
 

Où nous situons-nous ?
Où nous situerons-nous demain entre ces deux mastodontes que sont les États-Unis
et la Chine ? 

Les Européens qui, depuis 5 siècles ont influencé l’histoire du monde, vont-ils accepter de  se retrouver en position d’objet et non plus de sujet de politique ? Vont-ils subir ou déterminer le cours des choses.

Le 19ème siècle a été le siècle de l’Europe, le 20ème  celui des États-Unis, le 21ème  probablement celui de l’Asie.

Comment la Chine qui, pendant un siècle et demi a subi le monde, redevient une des premières puissances mondiales ? Quelle est la situation des États-Unis ? Que devons-nous faire pour nous retrouver dans la course et déterminer à nouveau notre avenir ?

 

L’esprit de conquête dans l’histoire européenne

José Maria de Heredia en intitulant son poème  « les Conquérants », dit en un mot ce que l’Europe a été pendant plus de cinq siècles. D’où venait cette force, cette envie de gagner, de découvrir, conquérir et dominer le monde ?

Pourquoi Napoléon est-il allé en Egypte ? Pour marcher dans les pas de Jules César qui y est allé parce qu’Alexandre y était allé avant lui.  On a partagé le monde entre l’empire romain d’occident et l’empire romain d’orient. 

Quand Alfonse d’Albuquerque est arrivé devant le port Goa, une flottille de 300 navires arabes et indiens l’attendait. Il n’avait que 4 caravelles et chaque caravelle avait 24 bouches à feu. Il a gagné grâce à la technologie. 

Un petit pays comme le Portugal a conquis une partie du monde. Il y a eu des papes d’une audace inouïe. Le Brésil est portugais et le reste de l’Amérique latine est espagnol parce qu’Alexandre Borgia a pris la décision de partager une partie du monde.

Il y a eu aussi des conquêtes scientifiques et littéraires. Balzac est avec Shakespeare et un ou deux des grands écrivains russes, l’auteur le plus connu en Chine. Pendant la révolution culturelle, les écrivains chinois étaient censurés et traduisaient alors des livres étrangers. La littérature européenne est d’une richesse inouïe ; c’est un élément de ressourcement et une force pour l’Europe.
 

La montée en puissance de la Chine

Avec des taux de croissance de 10% par an depuis 35 ans, la Chine est devenue la seconde puissance mondiale. Les États-Unis restent en tête avec 14.500 milliards de dollars de PNB contre 550 milliards de dollars pour les Chinois. 

Mais le yuan est sous-évalué, au moins de 40%, et dans la comptabilité nationale le coût des services est calculé au coût des facteurs. En réalité la Chine est presque à parité avec les États-Unis et a dépassé la plupart des pays au monde. On le voit dans le commerce extérieur où ils viennent pour la première fois de dépasser l’Allemagne. 

Pour construire des trains qui roulent à 350 km/h, les Chinois ont acheté les 3 technologies existantes, l’allemande, la japonaise et la française. Ils ont démonté et remonté les trains en prenant le meilleur de chaque technologie. 

Pour les ingénieurs français, le ferroviaire, c’est un système et ce n’est pas en prenant le meilleur de chaque technologie qu’on peut faire un train. Ils restent persuadés que la technologie française est la meilleure du monde.

Si nous avions eu à faire le même choix, nous aurions envoyé des équipes regarder ce qui se passe ailleurs, nous aurions mené des négociations avec les uns et les autres, puis nous aurions acheté une technologie et nous l’aurions développée.

Les Chinois ont soif d’apprendre et ont une envie de revanche sur le monde. 
Ils se souviennent très bien des époques difficiles, des traités inégaux. 
Dans les années 1820, les jonques chinoises partaient bourrées de marchandises vers l’Occident et revenaient quasiment à vide. Les Chinois fabriquaient de tout mais achetaient très peu. Et l’or des banques occidentales filait vers la Chine. Quelques anglais imaginatifs ont cherché à rétablir les échanges en vendant de l’opium. Ils ont corrompu les classes dirigeantes chinoises et ont réussi à avoir des autorisations. Le gouverneur de Canton a voulu arrêté ce trafic et on a brulé des ballots d’opium dans le port de Canton. 
Les puissances occidentales et les Japonais ont alors réagi violemment. Pour les Chinois, même s’ils n’ont pas été colonisés par les Britanniques et par les Français, c’est un souvenir cuisant et il y a une volonté de ne plus se laisser dicter les choses.

Les Chinois ont commencé par des produits simples, le textile, les chaussures, les jouets, et puis les ordinateurs, les téléphones portables. La majorité des téléphones ont des batteries chinoises et les Chinois veulent s’attaquer au marché des batteries électriques, au marché de l’automobile dont ils deviennent cette année le premier producteur mondial. 

C’est aussi la montée en puissance dans les industries de pointe, l’aéronautique, l’espace. Les Chinois disent qu’en 2013, ils iront sur la lune pour exploiter des richesses minérales et énergétiques, l’hélium. 

Le marché des nanotechnologies va se développer très rapidement ; c’est un nouvel enjeu considérable et il y a actuellement 2 grands acteurs : un consortium sino-taiwanais et un consortium mené par les Américains qui comprend les Allemands et les Français. 

Les réserves financières de la Chine sont gigantesques. Il y a un potentiel de développement externe considérable pour les Chinois qui pourraient acquérir des assets industriels de premier ordre en Europe et aux États-Unis. 

Certes il y a des difficultés internes, des niveaux de développement très différents entre l’intérieur et les côtes entre Shanghai et le reste du pays. Il y a encore en Asie 900 millions de personnes qui ont moins de 1 dollar par jour pour vivre. Néanmoins il y a une montée en puissance considérable et pratiquement irrépressible. Les Chinois veulent jouer un rôle mondial déterminant pas seulement sur le plan économique mais aussi politique.
 

La situation des États-Unis

Les États-Unis ont tous les attributs de la puissance. Ils ont l’espace, la population, le pouvoir militaire, avec des investissements de 900.000 milliards de dollars par an dans l’armée donc une force de frappe inouïe. Ils ont une assurance, une vision du futur, une volonté d’être les premiers donc énormément d’atouts.

Mais beaucoup de choses ont changé notamment le greed, c’est à dire la cupidité, qui a atteint des proportions inégalées. Quand on pense aux responsabilités qu’ont eues deux escrocs notoires comme Bernard Madoff, président du Nasdaq pendant des années, et John Thain, président du New York Stock exchange, on se dit que le royaume de la finance mondiale a été perverti.

Avec la crise, nous avons appris que plus de la moitié des transactions financières mondiales se font de manière non transparente en passant par des paradis fiscaux ou financiers. Après l’effondrement de Lehman Brothers, d’autres groupes américains comme AIG étaient menacés, et on a craint l’effet de domino. 

Les gouvernements ont mis 17.000 milliards de dollars pour faire face à la crise, c’est à dire 28% du PNB mondial. Puis la machine est repartie pour la plus grande gloire des banquiers et pour des profits immédiats. Mais on n’a pas réglé le fond des problèmes et les états sont tellement endettés qu’ils ne pourront pas ressortir à nouveau 17.000 milliards de dollars.
 

Développer notre potentiel pour rester dans la course

Nous sommes face à une situation sérieuse. Comment s’en sortir ?

  • La faillite : on ne voit pas un pays, notamment de la zone euro, refuser de payer ses dettes. Il y a donc un endettement accru pour rembourser les dettes et on arrive à des charges considérables pour nos enfants et les enfants de nos enfants.
     
  • La diminution  des dépenses publiques : on sera obligé de diminuer les retraites, les dépenses de santé, les salaires des fonctionnaires, leur nombre.
     
  • L’inflation : si on va dans ce sens, on augmente les taux d’intérêts et la charge de la dette et on étrangle les pays.
     
  • La croissance : comment la relancer ?

Nous sommes dans un monde de mutations scientifiques et technologiques majeures qui vont avoir des impacts dans tous les domaines. La France a pris des mesures comme le crédit d’impôt recherche et l’institution des pôles de compétitivité. La carte à puce biométrique est une révolution sur laquelle nous sommes en pointe.  

Mais il faut faire davantage : 

  • mobiliser plus d’argent pour préparer l'avenir
  • engager une réforme fiscale
  • arrêter de faire partir du territoire les créateurs d’entreprises 
  • diminuer les coûts de fabrication et de maintenance
  • miser sur l’éducation
     

Conclusion

Un pays qui ne se protège plus, qui ne protège plus son territoire, qui ne protège plus ses institutions a de vraies difficultés. Nous avons d’excellents ingénieurs, d’excellents scientifiques mais nous n’avons pas l’esprit d’équipe et nous sommes individualistes.
 

L’Amérique reste encore la première puissance au monde et le doit en partie à l’esprit de compétition et d’équipe développé chez ses étudiants. 

Avec la crise, l’Europe va connaître de sérieuses difficultés et la solidarité autour de l’euro sera mise à l’épreuve. Nous avons donc beaucoup à faire pour aller de l’avant, protéger notre système éducatif, développer l’esprit de compétition, renforcer les relations avec le pourtour méditerranéen et l’Afrique, multiplier les échanges entre Européens.
 

Montesquieu a très bien décrit les atouts et les faiblesses de l’esprit français. 
Nous préoccuper de ce qui fait notre faiblesse et de ce qui fait la force des autres pourrait nous aider à sortir vainqueur de cette crise.

Jean-Daniel TORDJMAN

Jean-Daniel TORDJMAN
Photo prise lors du Club des investisseurs Coréens 2012

Fils d'un poète oranais, Jean-Daniel TORDJMAN a opté pour la Direction des relations économiques extérieures (Dree) à sa sortie de l'ENA.

Quelques années plus tard, il est appelé à prendre la direction du cabinet de Michel Crépeau au ministère du Commerce, de l'Artisanat et du Tourisme.

Nommé ambassadeur aux pôles de compétitivité à l'initiative de Christine Lagarde et Bernard Kouchner, Jean-Daniel TORDJMAN est Ambassadeur Honoraire de la République de Corée pour les investissements internationaux.

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