Emergence des pays africains : état des lieux et enjeux

Emergence des pays africains - Interview de Stéphane Kouassi par Olga Ouedraogo
Image : © Senoldo - Fotolia.com

Interview de Stéphane KOUASSI
par Olga OUEDRAOGO, consultante A
kteos pour l'Afrique
Janvier 2013

 

La question de l'émergence africaine fait l'actualité.

Elle traduit une réalité qui prend de plus en plus forme dans plusieurs pays du continent qui semblent amorcer un véritable décollage économique.
 

Stéphane KOUASSI nous brosse la réalité de cette transformation et nous explique en quoi les leviers sont durables.
 

 

Olga OUEDRAOGO :  L’Afrique subsaharienne est la seconde région du monde après l’Asie à avoir le taux de croissance le plus rapide. Peut-on parler de véritable émergence? Quelles sont les spécificités de cette évolution ?

Stéphane KOUASSI : Avant tout, il semble judicieux de considérer l’Afrique dans sa globalité et de tenir compte de l’impact de l’augmentation du volume des échanges inter - régionaux (Afrique du nord – Afrique subsaharienne, Afrique du Sud – Afrique centrale) sur le processus de croissance que nous constatons aujourd’hui. Effectivement le taux de croissance de la zone subsaharienne, rejoignant celui de l’Afrique du Nord, connait une progression rapide et continue depuis 10 ans.

Cependant, pour la première fois, ce phénomène qui s’inscrit dans la durée, concerne l’ensemble des régions du continent et repose sur des données mesurables. Ce qui permet d’affirmer que l’Afrique avance dans le bon sens et qu’elle peut prétendre à une véritable émergence. Elle n’y est pas encore mais présente tous les signaux favorables.

Concrètement, on peut apprécier aujourd’hui des faits tangibles qui sont autant d’atouts :

  • Une démographie galopante qui va à l’encontre du mouvement d’ensemble constaté dans le monde. 1 milliard d’habitants aujourd’hui qui en fait la troisième population mondiale derrière la Chine et l’Inde. Une population assez jeune (200 millions de jeunes de moins de 25 ans), avide de découvertes,  de NTIC, ouverte sur le monde et en quête de qualification.

  • Des formations universitaires et qualifiantes reliées de plus en plus aux universités et grandes écoles occidentales, si l’on se réfère au nombre de représentation de celles-ci dans les capitales d’Afrique Subsaharienne.

  • Des efforts de démocratisation par l’adoption du jeu électoral et des normes de bonne gouvernance.

  • L’exploitation mieux structurée des ressources naturelles qui se manifeste par un afflux des investisseurs de toutes les régions du monde et dans toutes les zones du continent.

  • Le développement des infrastructures qui commence à changer le visage de certains pays. D’Alger à Luanda (Angola), en passant par Malabo (Guinée Equatoriale) et d’Accra (Ghana) à Juba (Sud Soudan), de grands chantiers sont déployés à travers la construction d’infrastructures de base (logements, transports, routes essentiellement).

  • L’essor d’une classe moyenne africaine qui a intégré les codes d’une société de consommation.
     

Quelque soit le pays où la zone concernée, on peut faire le même constat : Le préalable de la stabilité politique.
Partout où la croissance perdure en Afrique aujourd’hui, on observe un renforcement du consensus politique. Les Etats en tête de cette croissance rapide sortent tous de conflits longs, pénibles et récurrents et ont accepté de se soumettre au tournant des années 2000, à une phase d’introspection et de catharsis (conférences nationales, discussions « sans exclusives », processus de réconciliation nationale, accords de paix).
Cela a conduit à un effort de démocratisation avec l’adoption d’un cadre législatif et l’organisation d’élections ouvertes. Cette stabilité encore relative favorise l’instauration d’un cadre socio-économique propice qui permet de se raccorder progressivement au système de fonctionnement économique mondialisé et d’afficher ainsi leurs potentialités.
 

O.O. : Quelle est la part des changements fondamentaux, induits par la nouvelle configuration des relations internationales, et la part des phénomènes statiques toujours observables ?

S.K. : Les Etats africains ont compris indéniablement les principes qui permettent de répondre aux exigences du commerce mondialisé :
Adopter les notions de bonne gouvernance et de transparence, et diversifier son offre et ses partenaires.

L’amélioration du climat des affaires  peut s’apprécier tous les jours à travers les actes posés par des Etats qui font preuve de bonne volonté et surtout qui ont compris l’impact de ce processus sur la stabilité politique et sociale : attrait des capitaux, investissement dans de grands travaux de bases, réduction du chômage et hausse du niveau de vie des populations.

Ces pays dégagent une plus grande sérénité du fait de cette baisse de tension financière et sociale et gagnent en assurance, notamment dans les négociations de marchés. Insérés dans la mondialisation et acteurs dans le champ commercial  ils ont intégré les règles de la concurrence et compte jouer leur partition.

Les grands pays émergents comme la Chine et l’Inde l’ont vite compris. La Chine a su se déployer sur un terrain déserté par les partenaires historiques européens et développer une relation multiforme en un temps record, oscillant quelques fois sur l’extrême fragilité de pays empêtrés dans des crises profondes.

Cette nouvelle configuration ne masque pas les liens forts avec les partenaires traditionnels, anciens pays colonisateurs. Elle rompt juste le complexe.
Il n’y a qu’à observer la dextérité avec laquelle le Portugal prend sa place dans la reconstruction de l’Angola.
Il n’y a qu’à écouter Jean Louis Billon, président de la chambre de commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire et désormais ministre du commerce : «  Dans l’espace francophone, (la France) détient toujours un avantage et pourrait mieux développer une francophonie économique au niveau mondial. Mais elle semble timide sur ce point et c’est bien dommage ».

Le lien fusionnel que confère la langue et tout le véhicule culturel qui le sous tend constitue une base qui devrait permettre de trouver un nouvel équilibre, de nouvelles étiquettes de communication pour définir ensemble les règles d’or d’une relation gagnant – gagnant.
 

O.O. : A titre d’exemple, quels sont les pays qui entament leur décollage économique?

S.K. : On peut distinguer 2 types de pays :

  • Les pays producteurs de ressources naturelles importantes (pétrole et gaz notamment) générant des revenus conséquents.
    Ils sont, de ce fait, moins dépendants, disposent d’une manne financière importante et deviennent ainsi des clients attrayants pour les fournisseurs de biens d’équipements  (construction d’infrastructures lourdes mais aussi biens de consommation).
    On observe dans ces pays une plus grande liberté des dirigeants vis-à-vis de l’application des fondamentaux en matière de gouvernance et d’économie. Les règles sont certes admises mais leur application est moins stricte. L’Etat demeure très présent dans certains secteurs et on constate une certaine opacité dans les passations de marchés et les signatures de contrats. Enfin il subsiste un problème de redistribution de cette manne financière qui a pour conséquence de rendre les inégalités sociales plus impressionnantes au regard du taux de croissance.
  • Les pays qui ont fait l’effort d’adopter les standards internationaux de bonne gouvernance  et de transparence pour booster l’attrait des investisseurs.
    Cette deuxième catégorie doit certes son taux de croissance à l’abondance de matières premières structurantes, notamment agricoles, mais surtout au strict respect des conditions fixées par les partenaires internationaux pour faciliter leur raccordement à l’économie mondiale. L’accent est mis sur la définition d’un cadre approprié afin de faciliter la coopération avec les partenaires financiers institutionnels (Banque mondiale, Union Européenne, banques de développement régionales), rassurer et attirer ainsi les investisseurs privés. L’offre est bien structurée à travers l’adoption de plans nationaux de développement (PND), qui  permettent de dégager une vision à moyen et long terme et aussi de présenter les potentialités du pays dans tous les secteurs. Ces pays intègrent ainsi dans cette démarche la monétisation de secteurs qui à priori ne relèvent pas de l’économie (santé, éducation, formation, etc.) notamment par le développement de partenariat public-privé (PPP).
     

Un certain nombre de pays se distinguent, si l’on considère le fait qu’ils concentrent à eux seuls 70 % des grands projets d’investissement déployés actuellement sur le continent.
L’Afrique du Sud, l’Égypte, la Libye, le Maroc, la Tunisie
avaient déjà des résultats économiques très appréciables et avaient, à l’instar de Maurice, entamés leur décollage.
Ils sont rejoints par l’Algérie, l’Angola, le Kenya, le Nigeria et le Ghana qui bénéficient de leur manne pétrolière.

D’autres pays se distinguent par la qualité des mesures de gouvernance économique qu’ils ont adoptées notamment en matière d’ouverture et d’intégration régionale. Ils pourraient s’attendre à moyen terme à des retombés économiques favorables.
On trouve les pays  qui bénéficient du rayonnement de l’Afrique du Sud comme le Botswana, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland, le Zimbabwe mais aussi le Gabon et plus à l’ouest la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin.

 

Akteos remercie chaleureusement Stéphane KOUASSI pour le temps consacré à cette interview. 

Stéphane Kouassi

Stéphane Kouassi - Consultant Côte d'Ivoire Akteos

Diplômé de droit international (IDH Lyon), Stéphane Kouassi a été en charge pendant plus de 10 ans du recrutement, de l'accompagnement et de la formation des expatriés dans plusieurs organisations de solidarité internationale.
 

Stéphane KOUASSI, expert Afrique, est correspondant d'Akteos à Abidjan.

Toutes les Akteos' News

L'echo interculturel #25 : Décodez la culture Asiatique

Découvrez toutes nos informations, évènements, articles sur

...

L'echo interculturel #24 : Interculturel et Afrique

Découvrez toutes nos informations, évènements, articles sur

...

L'echo interculturel #23 : Management interculturel

Découvrez nos articles, anecdotes et informations sur le man

...

L'Echo interculturel #22 : Focus sur le Japon

Découvrez nos articles et informations sur le Japon...

...

L'Echo interculturel #21 : Focus sur les USA

Découvrez nos articles et informations sur les Etats-Unis...

...

L'Echo Interculturel #20 : Le leadership au féminin

Pourquoi Hillary Clinton incarne-t-elle le leadership au fém

...

L'Echo Interculturel #19 : Focus interculturel sur l'Asie

"Plus on apprend, plus on voit qu'on ignore beaucoup de chos

...

Voir les autres rubriques

  1. DossierDocumentation

Google+

AKTEOS

6 rue du Quatre Septembre
92130 Issy les Moulineaux
France

Dept Interentreprises
+33 (0)1 55 95 85 13
inter@akteos.fr


Dept Intra-entreprise

+33 (0)1 55 95 85 18
intra@akteos.fr

Akteos autour du monde

Amsterdam

Bangalore

Beijing

Berlin

Bruxelles

Casablanca

Chennai

Dubaï

Genève

Hong Kong

Istanbul

Lisbonne

Londres

Madrid

Mexico

Milan

Montréal

Moscou

Nairobi

Niamey

Paris

Prague

Rangoun

Rio de Janeiro

Sao Paulo

Shanghai

Singapour

Tel Aviv

Tokyo

Washington